Audrey Jean-Baptiste & Maxime Jean-Baptiste | Guyane | Documentaire | 15mn | 2020
La conquête de l’espace, la conquête d’espace.
Une guyanaise voit la base spéciale de Kourou naître sur la terre de ses parents. Quand ce film se termine on court, on court à l’extérieur, on court un pincement au cœur, on court pour voir si chez nous rien n’a changé.
Imaginez, une quinzaine de minutes, c’est le temps que dure le film, que les bâtiments qui vous entourent, que vos paysages habituels, que le village là où vous êtes né, où reposent vos ancêtres, disparaît aux profits de profiteurs.
Après la projection, nombreux sont ceux qui lancent une comparaison, un lien, un « ça me fait penser à », tant ce schéma, ce sans-gêne, ce « je ne vois pas où est le problème » est dans l’ADN des pays coloniaux. On pense bien sûr aux Amérindiens, aux Aborigènes d’Australie, aux Kanak, aux Chagossiens, aux essais nucléaires, aux exemples exponentiels.
Déranger les autres pour s’arranger.
Alors bien sûr, on pourrait dire qu’ils n’ont pas réfléchi, qu’ils ont eu la fausse bonne idée ou tout simplement qu’ils ont manqué de recul. Sauf que quand il s’agit de leur territoire, ils ont ce recul. Ils reculent tellement qu’ils finissent chez les autres.
J’ai vu mon pied de mangue se changer en tour, j’ai vu ma rivière se changer en bitume, j’ai vu mon sentier devenir une autoroute.
La cerise sous le gâteau, c’est que la tracasserie neurologique de Babylone laisse croire que son espace est agréable. De fait, il a la lumineuse idée d’amener son schéma de vie dans l’espace qu’ils colonisent. Les occidentaux ont l’incapacité intellectuelle de se projeter dans un espace qui n’est pas le leur. Par contre, à contrario, ils pensent sûrement que ceux qui ont été spoliés, expropriés, pourront eux, avec un peu, pas beaucoup, juste un peu de volonté se reconstruire ailleurs et cela sans grande tracasserie.
Ce film est un vrai petit bijou, avec douceur et délicatesse, les réalisateurs donnent la parole et cela sans cris et hurlements aux lions et non pas aux chasseurs. Ceci est assez rare pour être souligné. Ne pas se laisser conter.
Dix, neuf, huit, sept…
En écoutant Audrey et Maxime Jean-Baptiste mettre en lumière leur plaie ouverte, mon cerveau se brouille, mes yeux s’humidifient, mon cœur s’alourdit et je m’interroge sans réponse sur le leitmotiv de Babylone.
Douz.
Laurent Pantaléon
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