Fabien Dao | Burkina Faso | Fiction | 14 min | 2019

Faire sa vie ailleurs et revenir finir ses jours au pays. Le burkinabè Moktar fait partie de ceux-là. Mais quand arrive le moment du retour, il est empreint de doute. L’ailleurs devient chez lui, devient le Burkina Faso. L’ailleurs devient aussi ses souvenirs, devient les burkinabè.

Dans ce film, il y a autant de jeux dans les silences que dans les mots. Perdu dans ses pensées, le personnage principal est tout en retenue. Fabien Dao avec beaucoup de maîtrise éloigne son protagoniste de la facilité des cris et des verres brisés (le set se passe dans une brasserie). Il l’éloigne de l’alcool mauvais, des bousculades, pour maintenir et faire perdurer son questionnement : Doit-on faire sa vie ailleurs?

Le réal s’était déjà posé ce questionnement dans « Il pleut sur Ouga » . En flirtant avec l’humour et la dérision : « Il pleut dans mon cœur comme il pleut sur Ouaga » écrivait le personnage principal à sa blanche Cerise. Là dans « Bablinga » on peut s’imaginer qu’on a avancé dans le temps et qu’on est au moment précis où la question de partir n’est plus. Et qu’elle est remplacée par celle de «Doit-on revenir ? »

Ce qui est sûr c’est que dans ces deux métrages qui se succèdent, la maîtrise de la réalisation est bien là. Elle est là et elle n’est pas redondante, cela malgré des sujets similaires.

Dans « Bablinga« , il y a un mélange de genres. On mixe l’animation aux scènes filmées et cela sans tracasserie aucune. Cet entrecroisement est exécuté avec beaucoup de savoir-faire. Il y a un refus assumé de solennité, de préciosité académique. On obtient de fait un objet étrange et risqué ; mais très plaisant à regarder et à déguster.

À côté de tout ça, à côté des souvenirs de Moktar, à côté de son présent, de son imminent retour, rien ne se passe réellement dans cette brasserie. Tout est suspendu dans l’attente et dans l’indécision. Si dans « Il pleut sur Ouga » la question centrale « doit-on partir ? » est noyé par la pluie, là, dans « Babinga« , la question « doit-on revenir? » s’évapore dans les émanations d’alcools.

L’accord entre le jeu maîtrisé de Cisse Maims, la mise en scène épurée de Dao et un texte fait de peu de notes fait naître une modulation empreinte de nostalgie.

Partir, tourner la tête, s’éloigner de sa terre natale, ne peut se faire sans plaie ni déchirure. Revenir c’est remuer la plaie sur le couteau.

Il y a quand même quelques signes qui indiquent avant même que le film ne commence qu’il sera très plaisant : le réal, la prod et enfin la distrib. Sans intérêt aucun, il est utile de constater que Sudu est aujourd’hui caution de valeur sûre.

Douz.

Laurent Pantaléon

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