Mati Diop | Bénin | Documentaire | 68 min | 2024

« Dahomey », oui, mais non. Je parle bien sûr du film, et pas du royaume. Oui, il est le deuxième film africain à recevoir l’Ours d’Or à la Berlinale. Il est également le seul film africain en lice pour les Oscars 2025. Alors oui, il faut s’incliner et se dire qu’il y a quelque chose qui a dû m’échapper parce que la prise de risque est abyssale. Rien. Nada. Anorexique. On est dans la forme la plus classique d’un documentaire. La photographie, le son, le total, le capital fonctionnent ; mais, au-delà de cela, au niveau de la forme, on se rapproche davantage du documentaire télévisuel que du documentaire de création. Et ne venez pas qualifier de trouvaille la voix venue d’outre-tombe qui donne vie aux artefacts ; une voix censée nous éclairer, censée poétiser l’œuvre, censée critiquer l’impérialisme culturel européen. Franche vérité : c’est la fausse bonne idée ( FBI ) et en plus c’est kitsch.

Dans toute la première partie, on suit bêtement les œuvres qui sont emballées en France, puis déballées au Bénin. Et cela se limite à ça.

Dans la deuxième partie, on est tout simplement dans la captation d’un débat d’idées. Et cela se limite à ça.

De plus, cette deuxième partie ressemble à s’y méprendre à ce que la réalisatrice avait déjà entrepris dans son précédent film, « Atlantique » (pas la fiction, le documentaire, « Atlantique » celui de 2009). Alors, certains diront qu’elle est dans la continuité. Je pense qu’elle manque peut-être d’idées et d’originalité.

Malgré tout, franche vérité, comme dit ma fille, j’ai kiffé cette deuxième partie. Alors, pas forcément pour sa forme, mais pour le plaisir d’écouter cette jeunesse béninoise, regorgeant d’intelligence, de répartie, d’humour et d’engagement viscéral. Un engagement viscéral à vouloir récupérer le total, le capital des œuvres. Sans spoiler le documentaire, on découvre quand même qu’à travers tout ce tintamarre, toute cette sur-communication, la France ne restitue au Bénin que 26 œuvres d’art sur 70 000.

Alors oui, peut-être, sûrement, c’est cette partie qui fait la différence, et que là, le sujet ne peut que surpasser la forme. Et, par acquit de conscience, l’Occident déroule à « Dahomey » le tapis rouge. Mais on doit tout de même se poser une question : Est-ce que Le Bénin a déroulé à « Dahomey » le tapis rouge ?

Mati Diop aurait, quand même, pu prendre le temps de rendre hommage à ses pairs. Si la restitution a lieu aujourd’hui, ce n’est pas dû à la bonne volonté du roi de France. Si la restitution a lieu, c’est parce qu’il y a eu des combats qui ont été menés. Des batailles qui ont été gagnées. Et la France, pour ne pas perdre la face, fait semblant de faire un geste. 26 !

La réalisatrice ne prend pas le temps de nommer ceux qui ont mené le combat, ceux qui ont gagné les batailles, ceux qui, avant elle, ont pointé du doigt le pillage, les voleurs, la France, l’Europe, l’impérialisme culturel. Il faut rendre à Dahomey ce qui appartient à Dahomey.

Douz. Laurent Pantaléon

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